Transformer la santé des femmes grâce à la science, à l’action et à la collaboration.Ensemble avec les communautés, les chercheurs, les professionnels de la santé et les décideurs politiques, WINGS-4-FGS trouve des moyens de détecter et de traiter efficacement la maladie négligée qu’est la Bilharziose génitale féminine (BGF) et redonne aux femmes et aux filles la santé et la dignité qu’elles méritent.Découvrez notre histoire
Transformer la santé des femmes grâce à la science, à l’action et à la collaboration.Ensemble avec les communautés, les chercheurs, les professionnels de la santé et les décideurs politiques, WINGS-4-FGS trouve des moyens de détecter et de traiter efficacement la maladie négligée qu’est la Bilharziose génitale féminine (BGF) et redonne aux femmes et aux filles la santé et la dignité qu’elles méritent.Découvrez notre histoire
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Un dimanche sur le terrain: leçons tirées de la collecte de données communautaires en milieu rural au Ghana

Par la Dr Irene Honam Tsey de la partenaire du projet WINGS-4-FGS University of Health and Allied Sciences (UHAS)

Il existe un type d’apprentissage que l’on ne trouve dans aucun manuel de méthodologie de la recherche. C’est celui que l’on acquiert sur le terrain, debout dans un bâtiment inachevé, en demandant à un groupe d’adolescents de parler plus fort pour couvrir le bruit de trois offices religieux célébrés simultanément derrière les murs.

Voici cette histoire, et les enseignements qu’elle nous a apportés.

Planter le décor

Notre équipe menait la collecte de données qualitatives de référence sur la sensibilisation à la Bilharziose génitale féminine (BGF) dans l’une des communautés sélectionnées au Ghana. Avant toute collecte de données, certaines étapes sont indispensables : rencontrer le chef traditionnel de la communauté et solliciter son autorisation. C’est exactement ce que nous avons fait. Le chef nous a chaleureusement accueillis, nous a accordé sa bénédiction et a désigné un conseiller local ainsi qu’un autre responsable communautaire pour nous aider à identifier les participants répondant aux critères de l’étude.

Mais un élément, auquel nous n’avions pas pleinement pensé, allait rapidement compliquer les choses: nous étions un dimanche.

Le facteur « dimanche » : un angle mort pour les chercheurs

L’un des responsables communautaires nous a fait une remarque aussi simple que pertinente : « Vous auriez dû venir très tôt ce matin. »

Il était environ 9 heures. Pour un dimanche dans de nombreuses communautés ghanéennes, il était déjà trop tard.

Dans une grande partie des régions majoritairement chrétiennes du Ghana, le dimanche n’est pas seulement un jour de repos. C’est une journée entièrement consacrée aux activités religieuses. Dès le milieu de la matinée, une grande partie de la population — y compris les jeunes que nous souhaitions recruter — participe aux offices religieux, qui se prolongent souvent jusqu’en début d’après-midi.

Cette réalité ne concerne pas une seule communauté. Elle fait partie de l’organisation sociale de nombreuses régions du Ghana et peut facilement être sous-estimée lors de la phase de planification, en particulier par des chercheurs travaillant principalement en milieu urbain ou institutionnel.

La leçon: le jour de la semaine est une variable d’échantillonnage à part entière. Dans les communautés majoritairement chrétiennes du Ghana, organiser une collecte de données le dimanche matin, sauf très tôt ou en fin d’après-midi, risque d'exclure systématiquement une grande partie de la population cible. Ce n’est pas seulement une contrainte logistique: c’est aussi une source potentielle de biais de sélection. Les personnes disponibles le dimanche matin peuvent présenter des caractéristiques différentes de celles qui participent aux offices religieux, notamment en matière de pratique religieuse, d’intégration sociale ou de participation à la vie communautaire.

Les acteurs communautaires: bien plus que des intermédiaires

Le conseiller local et le responsable communautaire nous ont rendu un immense service: ils nous ont dit la vérité. Ils nous ont avertis. Ils ne se sont pas contentés d’approuver notre démarche pour nous laisser découvrir les difficultés par nous-mêmes. Cette franchise constitue en elle-même une information précieuse. Elle témoigne d'un leadership communautaire soucieux non seulement de faciliter la recherche, mais aussi d'en garantir la qualité.

Les chercheurs devraient toujours prévoir un véritable échange avec leurs interlocuteurs communautaires avant de commencer le recrutement. Au-delà de la simple demande d'autorisation, cette discussion permet souvent d'identifier des réalités locales — calendrier communautaire, événements particuliers, habitudes sociales — qui n'apparaissent dans aucun protocole de recherche ni dossier d'éthique.

La leçon: les responsables communautaires ne sont pas uniquement des personnes qui donnent leur autorisation. Ce sont des détenteurs de connaissances essentielles. Prenez le temps de demander : Est-ce un bon jour pour mener cette activité? Que fait la communauté aujourd'hui? Qui sera réellement disponible? Et surtout, soyez prêt à écouter les réponses.

Le choix du lieu : confidentialité, relations de pouvoir et palais du chef

Une fois les participants recrutés, une autre difficulté est apparue: le choix du lieu. Le chef avait généreusement proposé de mettre son palais à notre disposition. Le lieu était calme, confortable et, d'un point de vue logistique, idéal. Nous avons pourtant décliné cette offre.

Ce refus ne remettait nullement en cause l'hospitalité du chef. Il répondait à un principe fondamental de la recherche qualitative: les participants doivent pouvoir s'exprimer librement, sans avoir le sentiment d'être observés ou jugés. Organiser des entretiens ou des groupes de discussion dans la résidence de la plus haute autorité traditionnelle de la communauté crée inévitablement une relation de pouvoir susceptible d'influencer les réponses, en particulier lorsque les participants sont des adolescents âgés de 15 à 18 ans amenés à discuter de sujets sensibles liés à la santé.

Pour ces jeunes, le palais du chef n'est pas un espace neutre. Il représente l'autorité, la hiérarchie et, parfois, la crainte que leurs propos puissent être rapportés. Peu importe que cette inquiétude soit fondée ou non: sa simple perception suffit à limiter la liberté de parole.

La leçon: le choix du lieu ne relève pas uniquement de l'organisation pratique; c'est une décision à la fois éthique et méthodologique. Un lieu pratique pour le chercheur peut être peu propice à une expression libre des participants. Lorsqu'on travaille avec des adolescents sur des sujets sensibles, il convient de privilégier un espace privé, rassurant et dépourvu de toute association avec une figure d'autorité, même bienveillante.

Le défi du bruit: quand il faut s'adapter

Après avoir renoncé au palais du chef, nous nous sommes tournés vers l'école, un lieu souvent utilisé pour les recherches communautaires. Mais là encore, le dimanche s'est invité dans notre organisation: une église voisine y célébrait un office, et le bruit était omniprésent.

Notre solution a finalement été un bâtiment inachevé. Ce qui a rendu cette option possible, c'est l'esprit d'adaptation remarquable des jeunes participants, qui ont déplacé leurs chaises en plastique sans la moindre hésitation.

Même là, les chants et les sermons traversaient les murs.

Nous leur avons simplement demandé de parler un peu plus fort. Ils l'ont fait. Nous nous sommes adaptés. Et la collecte de données a pu se poursuivre. Le bruit a constitué une difficulté temporaire. Une fois les moments les plus bruyants passés, les participants ont pris part aux discussions avec ouverture et spontanéité. Cette expérience rappelle toutefois que l'environnement physique influence toujours, dans une certaine mesure, le niveau de confort et de confiance des participants lors d'une discussion de groupe.

La leçon: prévoyez toujours plusieurs solutions de rechange pour vos lieux de collecte. Lors des visites préparatoires, évaluez les espaces potentiels en tenant compte du bruit, de la confidentialité et de leur adéquation avec les participants. Dans les communautés où les activités religieuses sont importantes, les dimanches sont rarement des journées calmes.

Ce que nous ferions différemment

Cette expérience nous a conduits à intégrer plusieurs enseignements dans nos futures missions de terrain:

  • Organiser les activités en fonction du calendrier de la communauté, et non uniquement de celui du projet. Dans les communautés majoritairement chrétiennes du Ghana, les samedis et les après-midi en semaine sont souvent plus adaptés que les dimanches matin. Si le dimanche est inévitable, il est préférable de commencer dès 7 heures du matin, avant le début des offices.
  • Effectuer une visite préalable pour évaluer les lieux disponibles. Observer les espaces, écouter les niveaux sonores, vérifier la proximité éventuelle d'églises et comprendre l'ambiance de la communauté au moment prévu pour la collecte.
  • Prendre le temps d'un véritable échange avec les responsables communautaires. Demander simplement: « Que devrions-nous savoir avant de venir ? » Les réponses apportent souvent des informations qu'aucun protocole ne prévoit.
  • Pour les adolescents abordant des sujets sensibles, le choix du lieu est déterminant. Un environnement rassurant favorise une parole libre.
  • Faire preuve de souplesse. Un bâtiment inachevé, une cour ombragée ou un coin tranquille d'une école peuvent devenir des lieux parfaitement adaptés. Savoir s'adapter aux réalités du terrain fait pleinement partie des compétences du chercheur.
Une réflexion pour conclure

Ce dimanche matin, les jeunes qui ont simplement pris leur chaise pour nous suivre l'ont fait sans hésitation. Ils ont fait preuve de patience, de disponibilité et d'un remarquable esprit de coopération. Grâce à eux, nous avons pu accomplir notre mission.

Le terrain, au Ghana, réserve toujours des surprises. Chaque communauté possède son propre rythme, ses moments sacrés, ses codes et ses usages. Le rôle du chercheur n'est pas d'imposer son calendrier à cette réalité, mais d'apprendre à la comprendre.

Il faut planifier la recherche en fonction de la communauté telle qu'elle est réellement, et non telle que le protocole l'avait imaginée.